samedi 8 avril 2017

BREVET FÉDÉRAL 150 KM, AVEC L'ASPTT PÉRIGUEUX

Une cinquantaine de cyclos étaient venus s'inscrire à ce Brevet Fédéral 150 km proposé par l'ASPTT Périgueux, basé à Coulounieix-Chamiers. J'étais le seul représentant de mon club, l'Entente Cyclotouriste Le Buisson Périgord. Au départ, le ciel était bien bleu mais la température franchement fraîche, autour de 7-8°.

Peu avant le départ, à Coulounieix-Chamiers

Le parcours était assez vallonné, avec près de 1600 m de dénivelé. Peu après le départ, nous avons attaqué la première côte du jour menant à Atur, une difficulté qui a donc très tôt morcelé le peloton. Je me suis joint à un groupe, composé principalement de membres de l'ASPTT Périgueux, dont l'allure semblait me convenir.

Col d'Atur, alt. 230 m

Après une traversée rapide de Marsaneix, Saint-Félix de-Reillac ou encore Manaurie, nous avons effectué notre premier pointage aux Eyzies. Par précaution, j'en ai profité pour me procurer un sandwich à déguster plus tard…

Les Eyzies

Après une montée régulière pour rejoindre Meyrals, mes compagnons de route ont semblé hésiter sur la route à suivre. Pour ma part, ayant eu l'occasion de rouler dans le coin, je n'avais guère de doute et je les ai rassurés. Sur la route de Marquay, une succession de descentes et de montées, dont un joli raidard près du hameau de Bedy, qui en a surpris quelques-uns.
Après Marquay, nous avons pris la direction de Saint-Géniès…

Le Touron, sur la route de Saint-Géniès

C'est à Saint-Géniès que nous avons effectué le second pointage. Mes compagnons de route ayant programmé une halte "repas", j'en ai profité pour manger mon sandwich et m'offrir un rafraîchissement bienvenu! La température ayant augmenté au fil des kilomètres, elle se situait à ce moment-là autour de 30°! Estival!

Saint-Géniès

Après Saint-Géniès, nous avons traversé Montignac, célèbre pour sa grotte de Lascaux. Dans la montée vers Thenon, j'ai distancé le groupe. Arrivé seul à Thenon, une mauvaise interprétation de la feuille de route m'a conduit à ajouter au parcours trois ou quatre kilomètres et une montée supplémentaire.

N'ayant plus grand chose à boire, je me suis arrêté après Cubjac, du côté du Change, pour m'offrir une nouvelle boisson fraîche. Cet arrêt m'a aussi permis de réintégrer le groupe auquel j'appartenais précédemment, de façon à me laisser guider sur le final le long des berges de l'Isle par des habitués du secteur.

L'Isle à Périgueux

Ce fut une bien belle sortie printanière et un superbe cadeau… pour mon anniversaire!

Claude
Photos personnelles


LIENS :

➜ Trace sur Strava


dimanche 26 mars 2017

INITIATION AUDAX 100 KM À CAHORS, LOT

Après un samedi pluvieux et très venté, nous n'étions pas totalement sereins à l'approche de cette initiation Audax 100 km, exceptionnellement organisée un dimanche après-midi. Le moins qu'on puisse dire c'est que les jours se sont suivis… sans se ressembler. C'est en effet par un temps idéal que nous nous sommes élancés, vers 13h depuis la Barbacane, à Cahors.

Cahors, la Barbacane

 Le club de la ville, Cahors Cyclotourisme, nous avait concocté un parcours de toute beauté, à l'est de Cahors…

Le parcours

Le peloton, riche d'une cinquantaine de participants, a été réparti en trois groupes. Dès le départ, nous avons traversé le Lot.

Vue sur la rive droite du Lot à Cahors

Les premiers kilomètres nous entraînent vers le Parc Naturel Régional des Causses du Quercy.

Château d'Arcambal

Après 26 km d'un parcours au profil montant, nous marquons une première halte à Concots.

Pause à Concots

Quelques minutes plus tard, le peloton redémarre, par vagues successives…

Concots

Après quelques kilomètres de “montagnes russes”, nous atteignons Limogne-en-Quercy.

Limogne-en-Quercy

Entre les villages, la campagne des Causses du Quercy montre ses pâturages délimités par les traditionnels murs en pièces sèches.

Murs en pierres sèches

A l'approche de Cajarc, mon attention est attirée par une petite chapelle au bord de la route : la Capelette.

La Capelette, commune de Cajarc

Nous voici arrivés à mi-parcours. L'heure est venue de marquer une seconde pause, à Cajarc…

Arrivée à Cajarc

Marie-Ange refait le plein à la fontaine.

Cajarc

Parmi les curiosités de Cajarc, elle admire cette Tour Eiffel, œuvre récente datant de septembre 2016…

La Tour Eiffel de Cajarc

Autre clin d'œil local, le restaurant "Chez Moulino" fait référence à un fameux sketch de Coluche parodiant un jeu célèbre dans les années 70, le schmilblick. Dans le sketch, le premier candidat était un certain « Monsieur Moulino, marchand d'articles de pêches sur la place du marché, à Cajarc »

Cajarc : chez Moulino

C'est toujours à Cajarc qu'un de nos compagnons de route accepte de nous photographier ensemble.

Pause à Cajarc

Nous repartons pour effectuer la seconde moitié du parcours qui va nous ramener à Cahors. Au cours de la petite montée qui nous ramène vers la Capelette, nous apercevons Salvagnac, commune de l'Aveyron sur la rive gauche du Lot.

Salvagnac (Aveyron)

Après la Capelette, nous allons suivre la rive droite du Lot au gré d'un très long faux-plat descendant, dont nous bénéficierons quasiment jusqu'à l'arrivée… Et comme le beau temps nous accompagne toujours, nous allons pouvoir en profiter pour admirer à loisir les magnifiques paysages.

Vallée du Lot

De nombreux villages se succèdent, les uns au bord de la rivière, comme Larnagol…

Larnagol

… les autres perchés sur les hauteurs, comme Calvignac.

Calvignac

Certaines habitations, de type troglodytique, se cachent sous les falaises, comme au Roucayral (commune de Tour-de-Faure)…

Le Roucayral

D'autres, au contraire, sont allées se dresser au sommet de vertigineuses parois, comme à Saint-Cirq-Lapopie.

Saint-Cirq-Lapopie

On trouve même des habitats encastrés dans la roche!

Vallée du Lot

Nous n'avons pas vu passer les kilomètres, et nous voilà parvenus à notre dernière pause, à Saint-Géry, à moins de 20 km de l'arrivée.

Pause de Saint-Géry

En dehors de la courte rampe finale pour remonter jusqu'à la Barbacane, la fin de parcours ne présente pas de difficultés. A l'arrivée, une sympathique collation nous est servie, avec cakes maison et boissons fraîches.

C'est le moment de dire au revoir à Michel Ponchet, notre capitaine de route, et à son petit fils, Anthony, un passionné de vélos "vintages", tous deux membres des “Cyclos Randonneurs Flâneurs”… Tout un programme!…

Retour à Cahors : avec Michel, notre capitaine de route

Au bilan, nous avons parcouru les 100 km à 20 km/h de moyenne : contrat rempli! Nous avons découvert un secteur du Lot que nous ne connaissions pas. Et nous nous sommes promis de revenir bientôt pour aller voir de plus près Saint-Cirq-Lapopie, un BCN-BPF du Lot qui vaut le détour, ainsi que la vallée du Célé, dont un cyclo du coin nous a venté les mérites!

Claude
Photos personnelles

LIENS :

➜ Voir le récit de notre précédent Audax 100 km dans le Lot en mars 2016, à Calviac

➜ Sur notre site : la page consacrée à nos participations à des Brevets Audax
➜ Sur notre site : une présentation des Brevets Audax
➜ Le site de l'UAF (Union des Audax Français)

dimanche 19 mars 2017

OUVERTURE DU CODEP 24, À PÉRIGUEUX

Ce dimanche, le Comité Départemental FFCT de la Dordogne (CoDep 24) accueillait dans son local de la rue du Sergent Bonnelie, à Périgueux, des cyclos venus de tout le département. 

Local du CODEP 24 à Périgueux

Pour profiter de cette concentration, qui tenait lieu d'ouverture de la saison en Dordogne, Marie-Ange et moi avons programmé un petit parcours de 65 km (700 m de D+), avec départ et arrivée à Périgueux, sur les bords de l'Isle, non loin du local du CoDep 24.

Départ sur les bords de l'Isle, à Périgueux

Malgré un temps maussade, nous avons effectué une belle balade, inspirée de l'un des circuits de la Randonnée Permanente “Facettes du Périgord”. Longeant l'Isle par la voie verte, nous avons rejoint Chancelade, départ officiel du parcours n° 6.

Les bords de l'Isle
Arrivés à Chancelade, nous n'avons pas manqué d'aller admirer l'abbaye.

Abbaye de Chancelade

Suivant les indications de la feuille de route des "Facettes de Périgord", nous nous sommes rendus ensuite au prieuré de Merlande…

Prieuré de Merlande
Un petit détour personnel nous a permis de découvrir le château de Fayolle…

Château de Fayolle

Puis nous avons rejoint le parcours de la randonnée permanente à Tocane-Saint-Apre. Sur la route de Lisle, en longeant la Dronne, nous avons aperçu le moulin de Jansou.

Moulin de Jansou
À Lisle, nous avons fait tamponner notre carte de route et fait un petit tour du village pour jeter un coup d'œil à la halle, datant du milieu du XIXe siècle.

La halle de Lisle

Une nouvelle variante par rapport au circuit officiel des Facettes du Périgord nous a conduits à Château-l'Évêque.

Château-l'Évêque
A notre retour à Périgueux, vers 12h30, nous avons rendu une petite visite aux bénévoles de cette organisation, qui nous ont reçus autour d'une sympathique collation.

Au local du CoDep 24, avec Claude-Hélène, la présidente
N'ayant fait qu'une partie du circuit n° 6 de la randonnée permanente, nous nous sommes promis de revenir dès que possible pour effectuer la seconde partie, entre Ségonzac et Aubeterre-sur-Dronne, en espérant pour cette occasion bénéficier d'un ciel un peu plus lumineux…

Claude
Photos personnelles


LIENS :

➜ Récapitulatif sur notre site des Facettes du Périgord

➜ Trace sur Strava


lundi 30 janvier 2017

LA FABULEUSE HISTOIRE DU MALPAS, UN PETIT COL DE L'HÉRAULT

Au mois de mai 2016, Marie-Ange et moi avions rendu visite au Malpas au cours d'une balade à VTT. Notre objectif de centcolistes (membres du Club des Cent Cols) était simplement d'ajouter un petit col à notre collection.

Marie-Ange au Malpas, mai 2016

Ce col se situe au sud-ouest du département de l'Hérault, à proximité du département de l'Aude, quelque part entre Béziers et Narbonne. On y accède principalement depuis Nissan-lez-Ensérune, mais on peut l'atteindre également en venant de Poilhes ou de Colombiers. Dans ce secteur géographique, c'est le seul col reconnu par le Club des Cent Cols.

Le Malpas et l'oppidum d'Ensérune, entre Béziers et Narbonne

Mais quelle n'a pas été notre surprise en arrivant sur place! La présence d'une Maison du Malpas nous a d'emblée intrigués. Les panneaux didactiques implantés à proximité nous ont révélé quelques uns des aspects exceptionnels du site…

Maison du Malpas et panneaux didactiques

Cependant ils n'ont pas suffi à satisfaire notre curiosité soudain aiguisée. Au retour de cette balade, nous nous sommes lancés sur Internet dans des recherches complémentaires passionnantes, à la fois géographiques, historiques et touristiques. Dès les premières lectures, l'envie m'est venue de rédiger un article sur le Malpas, dont la riche histoire s'étale sur une période d'environ 2500 ans. Pour élargir mes investigations et compléter mon reportage photographique, je suis retourné sur place le 28 décembre 2016…

Décembre 2016 : direction Malpas (alt. 50 m)…

Un col unique en son genre!

Nos amis du Club des Cent Cols, épris de hautes cimes, sont en droit de se demander ce que peut avoir de si intéressant un col qui culmine modestement à 50 m d'altitude?

Le nom de ce col est déjà en lui-même une curiosité. On dit en effet “le Malpas” tout court et non “le col du Malpas”, car la seconde syllabe "pas" exprime en elle-même la notion de col. C'est le terme que l'on retrouve par exemple dans le Pas de Peyrol, célèbre col du Cantal, à proximité du Puy Mary…  Contrairement à l'usage le plus fréquent, l'élément pas se trouve relégué en deuxième position et soudé à son qualificatif, respectant la syntaxe latine car le nom est la contraction de malus passus, “mauvais passage” en latin.

Et voilà le paradoxe ! En dépit de ce nom péjoratif, le Malpas a été choisi à de multiples reprises, depuis plus de deux millénaires, comme lieu de passage privilégié pour franchir les collines. On dénombre en effet pas moins de quatre utilisations de cet emplacement précis : une voie romaine en surface, un aqueduc souterrain en profondeur, une voie navigable également souterraine et enfin un tunnel ferroviaire! Une telle convergence de voies est unique au monde. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le passage ne doit pas être si mauvais que cela!

Croquis schématisant la superposition des ouvrages souterrains sous le Malpas

Pourquoi le Malpas est-il devenu un lieu de passage?

Le Malpas s'inscrit dans un terroir de collines enserré entre les vallées de l'Orb à l'est et de l'Aude au sud, ainsi qu'entre les étangs de Capestang à l'ouest et de Montady au nord (étangs aujourd'hui asséchés).

Montady et ses étangs aujourd'hui asséchés

Jadis, toutes ces zones humides étaient très instables. De l'époque pré-romaine jusqu'au Moyen Âge, les étangs de Montady formaient un immense marécage au fond d'une cuvette naturelle. Côté sud, entre les collines et la mer, la basse vallée de l'Aude, dont le lit variait très fréquemment, rendait impossible l'établissement d'un itinéraire permanent.

Zones humides de la basse vallée de l'Aude

Le Malpas se situait ainsi sur un itinéraire intermédiaire bien plus favorable, entre les plaines de Béziers et de Narbonne. Certes, les pentes du Malpas représentaient une difficulté sur la route du voyageur, mais ce pas était bien moins dangereux que les zones humides avoisinantes, souvent marécageuses.


Un passage très ancien à proximité de la colline d'Ensérune

Dans l'Antiquité, une autre raison justifiait d'emprunter ce col : il constituait en effet l'unique accès à l'oppidum d'Ensérune, dont les plus anciennes traces remontent au 6e siècle avant Jésus-Christ. A l'époque, on construisait fréquemment les villages sur des hauteurs pour mieux faire face aux attaques potentielles.

Oppidum d'Ensérune

Le sommet de la colline d'Ensérune, qui domine d'une centaine de mètres les plaines alentour, accueille aujourd'hui un site archéologique comprenant les vestiges d'un habitat antique qui lui vaut d'être qualifié d'oppidum. On trouve sur le site des vestiges gaulois, ibériques, grecs et romains.

Oppidum d'Ensérune : vestiges

L'agglomération d'Ensérune s'est développée à partir du 4e siècle avant Jésus-Christ, avec l'apparition de maisons de pierre et de rues. Elle est restée active durant plusieurs siècles, mais après la conquête romaine, la ville, d'abord prospère, a périclité lentement jusqu'à son abandon au premier siècle de notre ère.

Panneau didactique sur Ensérune

Le Malpas et la Via Domitia

Dès le début de l'occupation romaine en Narbonnaise, vers 118 avant J-C, la construction d'une importante voie de circulation terrestre est entreprise. Celle-ci reliera l’Italie alpine à la côte méditerranéenne jusqu'au nord de la Catalogne.

Tracé de la Via Domitia (document Internet)

Cette voie sera nommée Via Domitia en référence au général romain Cneus Domitius Ahenobarbus qui en est l’instigateur.

Compte tenu de l'importance de l'agglomération d'Ensérune, le Malpas est retenu pour le tracé de la Via Domitia, entre Béziers et Narbonne.

Malpas : borne de la Via Domitia

Outre l'accès à Ensérune, le choix du Malpas permettait à la Via Domitia de franchir avec le moins de difficulté les collines grâce à l'étroitesse de l'élévation de terrain à cet endroit, une étroitesse qui favorisait dans les deux sens de circulation un retour rapide dans la plaine.

Malpas en relief

Ainsi ce petit col a connu environ deux siècles de fréquentation régulière grâce à la première voie romaine construite en Gaule,

➜ A propos de la Via Domitia dans ce secteur, voir Voie Domitia Béziers-Narbonne.

Abandon du Malpas pour les déplacements routiers

Dès le premier siècle de notre ère, la cité d'Ensérune est progressivement désertée au profit de Nissan-lez-Ensérune, un peu plus au sud. La position sur une éminence de la cité antique ne favorisait ni le commerce ni l'extension de l'agglomération. En raison de la paix romaine, cette position stratégique, choisie pour faire face à l'insécurité, ne se justifiait plus.

Au fil du développement de la nouvelle cité, à Nissan, un itinéraire plus méridional entre Béziers et Narbonne a été recherché. Des tracés alternatifs ont peu à peu détourné les voyageurs de l'ancienne Via Domitia et du Malpas.

La D609 à Nissan-lez-Ensérune

Entre autres parcours de remplacement, on a retrouvé par exemple des traces d'un cheminement, réalisé au XVIe siècle, qui empruntait le tracé de l'actuelle D162.

On sait par ailleurs qu'au XVIIe siècle, le chemin de poste entre Béziers et Narbonne passait par Nissan-lez-Ensérune, où l’on trouvait un relais.

Bien que le tracé ait changé à plusieurs reprises entre le XVIIIe et le XXe siècle, il suivait à peu de choses près l'emplacement de l'actuelle D609, ancienne Nationale 9.

Le Malpas a donc perdu au fil du temps sa fonction de "col". Mais comme nous allons le voir, cela ne l'a pas empêché de conserver un grand intérêt, en raison de l'étroitesse de l'obstacle au milieu de collines plus massives…

La superposition des tunnels au Malpas

Ainsi, lorsqu'on a voulu creuser des tunnels dans ce secteur géographique, le site du Malpas s'est imposé puisqu'il permettait de réaliser les galeries les plus courtes possibles. Au fil du temps, comme cela a été évoqué plus haut, ce sont pas moins de trois tunnels qui ont été creusés sous le col!

La superposition des tunnels

L'assèchement des étangs de Montady

Le plus ancien de ces trois tunnels est un aqueduc, construit au 13e siècle, de 1250 à 1270, pour drainer les eaux des étangs de Montady que l'on désirait assécher.

Ce n'était pas la première fois que l'on tentait de drainer ces étangs. Au début de l’ère chrétienne, le village d’Ensérune, alors au fait de sa prospérité, s’est étendu en-deçà des hauteurs historiques. De nouveaux quartiers se sont créés au bas de la colline, au bord de l’étang. Depuis le bourg fortifié, on communiquait naturellement avec ces quartiers inférieurs en passant pas le Malpas.

Sous l'action humaine, le milieu a commencé à changer autour des nouvelles habitations. Les espèces sauvages ont fait place à des espèces cultivées. Des traces de quelques fossés de drainage datant de cette époque prouvent l'ancienneté des tentatives pour exploiter au mieux cette zone, dont l'excédent d'eau limitait les possibilités.

En dépit de la valeur de l'eau, source de multiples bienfaits, on sait que ces zones humides stagnantes présentent souvent un caractère insalubre, responsable de beaucoup d'épidémies. Mais au 13e siècle, ce n'est pas pour assainir la zone qu'on décide de l'assécher : c’est pour y cultiver du blé! L'initiative ne revient ni aux paysans ni aux seigneurs locaux, mais à des bourgeois de Béziers qui apportent les capitaux. Les terres asséchées sont ensuite cultivées par des paysans qui payent des rentes aux propriétaires, rendant ainsi l'opération rentable pour ses initiateurs.

Pour drainer les étangs, une solution à la fois ingénieuse et esthétique est utilisée. Des fossés disposés "en rayons de soleil" sont construits. Un réseau de canaux draine les eaux vers le centre. Un fossé à ciel ouvert, construit à contre pente, renvoie les eaux vers la colline d'Ensérune, puis une galerie de 1364 mètres de long creusée sous le Malpas les évacue hors de la cuvette géographique de Montady. Les eaux traversaient ensuite les anciens étangs de Poilhes et de Capestang pour aller rejoindre l'Aude.

Site des étangs asséchés de Montady

Cet aqueduc est toujours en usage. Bien qu'il lui arrive d'avoir un débit insuffisant, il n'est pas envisageable d'élargir la canalisation car l'ouvrage est aujourd'hui classé.

Deux liens pour en savoir plus sur les étangs asséchés de Montady :

➜  Montady : une histoire de plusieurs siècles
➜ Sur le site Hérault tourisme : L'étang de Montady


Le Canal du Midi

Environ quatre siècles plus tard, le site du Malpas fait de nouveau l'objet de toutes les attentions. Comme pour l'assèchement des étangs de Montady, c'est encore le blé qui sera à l'origine de cet intérêt! En effet, la construction du Canal Royal en Languedoc (ancien nom du Canal du Midi) a été entreprise en 1666 pour favoriser le commerce du blé dans la région. Et le site du Malpas sera choisi pour y creuser le premier tunnel navigable de l'histoire!

Le tunnel du Malpas

Au commencement des travaux, contrairement à ce qui se fait aujourd'hui pour un projet autoroutier ou pour une nouvelle ligne de TGV, le tracé n'est ni définitif ni précis. Les directions sont connues et repérées sur une carte. Mais l'entrepreneur est invité à s'adapter aux difficultés rencontrées sur le terrain.

Lorsque le chantier du canal s'est rapproché de Narbonne, deux options se sont trouvées en concurrence, chacune d'entre elles présentant une importante difficulté technique. Certains proposaient une option contournant les collines par le sud, mais celle-ci se heurtait au problème du franchissement de l'Aude.

De son côté, Pierre-Paul Riquet, le concepteur du canal, préférait l'option "Malpas", malgré l'obstacle nécessitant le creusement d'un tunnel.

Pierre-Paul Riquet (image Wikipedia)

Cette solution permettait au canal de traverser Béziers, sa ville natale, chère à son cœur. Et elle facilitait l'accès à Cette (ancienne orthographe de la ville de Sète), site précédemment retenu comme le plus favorable pour créer un nouveau port à l'embouchure du canal.

Les détracteurs de Riquet, favorables au tracé sud, ont tenté de faire échouer son projet. Selon eux, la colline était trop friable, rendant le creusement d'un tunnel particulièrement dangereux. Mais après s'être dûment renseigné auprès d'un certain Pascal, maître-maçon à Nissan et fin connaisseur du terrain car chargé de l'entretien de la canalisation souterraine, le Biterrois n'a pas hésité à désobéir aux ordres de Colbert et à faire percer secrètement le tunnel… avec succès!

En 1679-1680, une galerie de 165 m de long, située environ 16 mètres au dessus de l'aqueduc médiéval, franchit donc l'obstacle du Malpas. C'est le seul tunnel sur le parcours du Canal du Midi.

Le Canal du Midi vu depuis le Malpas

Quelque chose me dit qu'aujourd'hui, avec les techniques en vigueur, on ne se donnerait pas la peine de creuser une galerie à seulement 10 m de profondeur.

On peut donc remercier Pierre-Paul Riquet d'avoir eu l'audace de faire creuser un tunnel plutôt que d'éventrer la colline et d'ouvrir un passage à ciel ouvert. Cela a épargné en surface le site du Malpas et préservé son caractère unique ainsi que son avenir.

➜ Plus d'infos sur le Tunnel du Malpas : http://www.canaldumidi.com/Biterrois/Malpas/Malpas.php

Le Canal du Midi : entrée du tunnel du Malpas

Le tunnel ferroviaire

Le caractère unique du Malpas est encore accru du fait de la présence d'un troisième tunnel au même endroit! Celui-ci, un tunnel ferroviaire d'une longueur de 504 m, a été percé au XIXe siècle (1854-1856), pour accueillir la ligne de chemin de fer entre Béziers et Narbonne. Il se situe au-dessus du drain de vidange de l'étang de Montady mais au-dessous du Canal du Midi.

Tunnel ferroviaire du Malpas (document Internet)
Ce tunnel est toujours en service actuellement, sur une ligne importante : Bordeaux-Sète.

Entrée du tunnel ferroviaire du Malpas, côté Narbonne

Un mauvais passage?

Si l'on considère tous les aspects positifs d'un lieu de passage si favorable, on peut se demander d'où lui vient cette réputation de “ mauvais passage” qui lui a valu son nom.

Compte tenu des difficultés rencontrées par Pierre-Paul Riquet à la fin du XVIIe siècle lors du creusement de son tunnel, certains y ont vu une explication toute trouvée. Mais on trouve mention écrite du nom Malpas dès le XVIe siècle, ce qui élimine cette hypothèse. Rien n'interdit de penser par ailleurs que l'appellation était en usage bien avant cette première mention écrite. Cependant, dans les documents historiques, aucune explication n'est donnée quant à l'origine du nom. On en est réduit aux hypothèses.

Le seul fait d'avoir à franchir cet obstacle surélevé sur un itinéraire globalement plat peut avoir été considéré comme un mauvais passage. Mais une caractéristique de la voie, par exemple un important ravinement lié à une forte pente, a pu rendre particulièrement difficile la circulation de chariots chargés.

Certaines sources indiquent cependant que le Malpas porterait ce nom "en raison de la mauvaise réputation des lieux". Marion Pujols, spécialiste du site, précise que « la colline aurait peut-être abrité une auberge mal famée avec des brigands et des prostituées ». A ma connaissance, l'existence d'une telle auberge n'est pas prouvée.

Mais auberge ou pas, des bandits de grands chemins ont pu profiter d'un passage au relief un peu délicat pour attaquer les voyageurs…

Image extraite du panneau didactique sur la Via Domitia

Le Malpas aujourd'hui

Quelles que soient l'origine de son nom, son histoire et sa mauvaise réputation, le Malpas est aujourd'hui redevenu un lieu de passage apprécié grâce au tourisme. La communauté de communes “La Domitienne” (http://www.ladomitienne.com) ne s'y est pas trompée et a développé l'accueil des touristes sur le site (voir la brochure Via Ensérune).

Via Ensérune

Le col est à nouveau franchi régulièrement, que ce soit pour se rendre au site archéologique de l'Oppidum d'Ensérune…

Accès à l'Oppidum d'Ensérune

… pour visiter la Maison du Malpas, centre touristique et culturel…

Maison du Malpas

… ou tout simplement pour passer d'une rive à l'autre du Canal du Midi.

Un vélo au Malpas!

Pour finir, n'oublions pas l'intérêt que présente le Malpas pour les cyclotouristes et les chasseurs de (petits) cols. Bref, si le Malpas a une longue histoire, il a aussi un bel avenir!

Claude
Photos et documents personnels, sauf mention contraire