samedi 18 juin 2011

ARDÉCHOISE 2011 : LES BOUTIÈRES, FORMULE "CYCLOSPORTIVE"

ou BALADE AU CŒUR DES BOUTIÈRES

Cette année, l'Ardéchoise (—> le site de l'organisation) fêtait sa vingtième édition. A cette occasion, les parcours faisaient leur retour à Lalouvesc (prononcer: "lalouvé"). Dans le village où est décédé Saint Régis, comme dans tous les villages que nous avons traversés, la population avait déployé des trésors d'imagination et d'enthousiasme pour décorer les lieux aux couleurs de l'Ardéchoise: en jaune (couleur des genêts) et violet (couleur des myrtilles).

Petite méprise à Lalouvesc... Cette année, on ne célébrait pas le 20e anniversaire,
mais la 20e édition! (La première a eu lieu le samedi 20 juin 1992)
Nous nous sommes demandé pourquoi le parcours de cette année proposait une fin modifiée par rapport aux éditions précédentes. Deux explications nous ont été proposées, toutes deux vraisemblables. Selon la première explication, les organisateurs auraient souhaité marquer cette vingtième édition en revenant à Lalouvesc, où s'était jugée l'arrivée de la première édition, le samedi 20 juin 1992. Selon d'autres sources, l'organisation aurait préféré éviter l'ascension du col du Buisson en venant du Pont de Clara, car la configuration des lieux ne permettait pas d'assurer convenablement la sécurité des très nombreux participants attendus cette année (plus de 15.000!).

Deux articles trouvés sur le net m'ont semblé intéressants pour qui veut connaître un peu mieux cette manifestation:
Et un bref historique, suivi d'actualités sur l'édition 2011, dont un hommage à Robert Marchand (100 ans cette année!):
Pour ma première participation, j'avais choisi de me mesurer avec les Boutières, circuit qui tire son nom d'un secteur de l'Ardèche. Nous y entrerons peu après Lamastre pour en sortir peu avant Saint-Agrève. Les communes de "Le Cheylard", "Saint-Martin-de-Valamas" et, naturellement, "Saint-Julien-Boutières" font partie de ce territoire.

Dans le sas de départ, ces considérations géographiques étaient fort loin des préoccupations ambiantes. Ce qui alimentait les conversations, c'était plutôt la météo! Un orage avant de quitter notre "Abri du Pèlerin", à Lalouvesc, suivi d'une courte accalmie le temps de charger les vélos sur la voiture. Nouvel orage en arrivant sur le parking C2, à 4 km de Saint-Félicien, suivi d'une attente perplexe dans la voiture... Quand on se prépare depuis deux mois sous le soleil, se dire qu'il va pleuvoir juste le jour de l'épreuve a quelque chose de déconcertant...

L'orage passé, un petit coin de ciel bleu aperçu au dessus de la montagne brille comme une lueur d'espoir... Je sais à ce moment-là que je vais y aller... Et tant pis s'il se remet à "saucer"…

Ce que je voyais dans le sas, en attendant le départ…
Nous quittons donc le parking champêtre et nous nous retrouvons, après 4 km de descente (qu'il faudra remonter après l'épreuve!), dans le fameux sas de départ, où certains parlent des précédentes éditions: neige au Mont-Gerbier-de-Jonc, pluie ininterrompue en "je-ne-sais-plus-quelle-année"... Entre parenthèses, il paraît que la première édition avait été dantesque (1300 cyclos au départ, 400 à l'arrivée!) 

Mais revenons aux conversations du sas de départ! Seul un certain "Robert" nous dit redouter, davantage que la pluie, la chute de l'hélicoptère qui nous survole! Heureusement, un speaker nous assure, au micro, que la météo annonce une amélioration certaine au cours de la matinée (Apparemment, Robert s'en fout!).

Le départ est donné dans une atmosphère suffisamment humide pour que certains préfèrent s'abriter dans une grange en attendant une embellie (n'est-ce pas Michel C. et Alain A.!), mais le gros des troupes (je ne citerai pas de nom!) s'élance pour une première partie légèrement descendante avant d'attaquer la montée vers Pailharès puis le Col du Buisson. C'est parti pour 11,5 km d'ascension. Très vite, nous sommes doublés par Gilles Anizan, François Fine et son ami Christophe Galabbé. Gilles nous doublera une nouvelle fois au début du Col de Lalouvesc pour finir avant nous alors qu'il a fait la Volcanique, c'est-à-dire 50 km de plus que nous!!!... Ça me laisse pantois!

Marie-Ange a le sourire en haut du col du Buisson!
Après un arrêt très bref en haut du Col du Buisson, nous suivons la route de crête et attaquons la descente vers Lamastre. Ce sera pour moi le moment le plus désagréable de l'épreuve. En effet, la route mouillée et la densité de cyclos répartis sur la chaussée m'incitent à faire les dix kilomètres de descente avec les mains sur les cocottes de freins. En arrivant à Lamastre, je suis au bord des crampes au niveau des... avant-bras! Un comble pour un cycliste!

Lamastre en fête…
… malgré les intempéries
L'arrêt “photo” me permet de me décontracter un peu les bras et nous repartons pour aborder le Col des Nonières. C'est la montée la plus douce de la journée, malgré ses 11,5 km, car le pourcentage de pente n'excède jamais les 5% et la moyenne se situe à 2,60%. La grimpette est si douce pendant les premiers kilomètres (8,5 km à 2,1%) que j'en profite pour faire le mariole : « Heureusement qu'il y a des montées pour se reposer un peu ! » Cela fait sourire un cyclo qui pédale à mes côtés, mais blague à part, je suis sincère ! Je me sens beaucoup mieux dans cette ascension que dans la descente précédente !

En haut du col, des gens nous tendent des verres d'eau, geste auquel je ne suis pas habitué et fort sympathique (Merci!). Un bénévole nous alerte au début de la descente: il y aurait du gasoil sur la route, dans un virage... Danger évité, la suite de la descente sera beaucoup plus paisible que la première et nous arrivons au Cheylard. Sur le pont qui enjambe l'Eyrieux, une pancarte nous informe "déjà 50 km". Une bonne nouvelle! C'est là que le parcours des "Boutières" se sépare des parcours plus longs, Volcanique et autres. Nous profitons d'un petit ravitaillement pour nous restaurer un peu. Marie-Ange m'a fort justement fait remarquer qu'on perdait moins de temps sur les petits ravitos que sur les gros où tout le monde se bouscule! Petits toasts au pâté, parts de gâteaux “maison”, un petit coup à boire et c'est reparti !

La route suit l'Eyrieux, torrent qui bouillonne gaiement en contrebas... Sur le versant opposé, nous apercevons une cascade... J'ai envie de m'arrêter pour prendre une photo, mais le manque de luminosité me fait penser que ça ne rendrait rien. La route monte régulièrement jusqu'à Saint-Martin-de-Valamas. Cela n'est pas répertorié comme col, mais du Cheylard à Saint-Martin, il y a tout de même 70 m de D+... A l'entrée de Saint-Martin, je suis impressionné par la beauté du site... Mais il y a un monde fou, alors nous enchaînons. Nous franchissons le contrôle où notre puce bippe, ce qui valide notre passage à mi-parcours... et nous attaquons le col de Clavières, le plat de résistance de notre circuit si l'on se réfère aux 17,3 km d'ascension. Long mais pas méchant non plus avec ses 3,20% de pente moyenne et 5% au maximum.

Pause pour prendre la pose à Saint-Julien-Boutières
Les décorations de Saint-Julien-Boutières, où les habitants nous accueillent déguisés, nous donnent envie d'une rapide photo... Pas question cependant de nous attarder, au risque de nous refroidir, car la montée est encore longue...

Dans la montée, je sens que les jambes tournent bien. Alors j'essaye de prendre un bon rythme. Mon compteur reste en permanence autour de 15 km/h... A cette vitesse-là, je dépasse davantage que je ne suis dépassé. Il y a même des cyclos qui me doublent et que je remonte peu à peu pour les larguer ensuite sans changer de rythme. C'est excellent pour mon moral, ça!

Quand j'arrive au ravito géant de Saint-Agrève, en attendant Marie-Ange, je me coltine à la mêlée pour récupérer un peu de pain et deux verres d'eau gazeuse... Du pain et de l'eau! On se croirait presque dans les Misérables! Pour être honnête, il y a aussi du saucisson, du fromage, du vin, rouge ou rosé, mais à l'heure qu'il est, mon estomac ne se sent pas concerné par ce genre d'aliments…

Beaucoup de monde au ravitaillement de Saint-Agrève…
Cependant, la montée n'est pas terminée! Il reste encore 2 km avant le Col de Clavières (1088 m) puis, surprise! un dernier petit "coup-de-cul" jusqu'au Col de Freydaparet (il était passé où, Fred?), col non répertorié sur la feuille de route, sans doute considéré comme négligeable malgré ses 1115 m d'altitude car très court (1,6 km quand même!) lorsqu'on vient du Col de Clavières…

Dans la descente, longue de 7 km, nous sommes invités à ralentir car les secours s'affairent auprès d'un cyclo qui a le visage en sang... Par la suite, nous reverrons les secours à plusieurs reprises. Curieusement, les chutes que j'ai vues se sont produites quand la route a été plus sèche. Je suppose que certains ont alors trop relâché leur vigilance…

Le Col de Rochepaule, qui démarre sitôt la descente terminée, nous réserve une bien agréable surprise: après Fred, c'est le soleil qui apparaît! "Petit" col de 3,8 km, c'est celui qui a la pente moyenne la plus élevée sur notre circuit. Mais 4,70%, ça reste très raisonnable. Le soleil et le moral au beau fixe, je prends le temps de faire des photos, les unes en m'arrêtant, d'autres en continuant à monter (oui, c'est vrai, je fais encore le mariole! Mais la vue de Rochepaule à travers les arbres, je n'ai pas pu résister!).

Vue de Rochepaule prise en pédalant...
Le sommet du col (891 m) est à l'entrée de Rochepaule, où je prends quelques nouvelles photos...

Panorama depuis le col de Rochepaule
Un col de plus (Rochepaule) et toujours le sourire…
Plusieurs raisons nous poussent à prolonger notre halte à Rochepaule : l'ambiance musicale, le soleil revenu... Mais surtout, nous sommes décidés à ne plus nous arrêter ensuite jusqu'à l'arrivée à Saint-Félicien. Donc, nous mangeons et buvons de façon à pouvoir soutenir sans fringale la petite quarantaine de kilomètres qui reste à parcourir.

Ravitaillement à Rochepaule
La descente s'effectue sans problème, si ce n'est un arrêt idiot pour cause d'appel intempestif sur mon portable, en provenance d'un numéro privé (après l'arrivée, j'écouterai le message vocal, qui s'avèrera émis par mon banquier : « Erreur de la banque en votre faveur, etc. etc. »... Les banalités habituelles!).

Au début de la montée vers Lalouvesc, je m'arrête une dernière fois pour enlever mon "imper"... Puis j'attaque les choses sérieuses. Le Col de Lalouvesc n'a cependant rien d'exceptionnel, comparé aux précédents: 9 km d'ascension, une altitude de 1080 m, un dénivelé positif de 422 m, une pente moyenne à 3,30% avec un maximum de 6%... Tout cela est très raisonnable... Beaucoup moins difficile, par exemple, que la montée du Col du Buisson par le Pont de Clara, véritable épouvantail des éditions précédentes avec son passage à 15%! Je peux dire que j'en ai entendu parler ! Les vrais anciens combattants de l'Ardéchoise sont ceux qui peuvent s'enorgueillir: « Moi, monsieur, j'ai monté le Col du Buisson sans mettre pied à terre! »…

Pour ma part, la difficulté se situera donc à un autre niveau: je vais essayer de rouler fort jusqu'à l'arrivée. Cela ne m'empêche pas de prendre "au vol" des photos de quelques-uns des orchestres qui égayent cette ascension…

Animations musicales…
… dans le col de Lalouvesc.
Puis j'augmente progressivement le rythme. J'aime bien cette sensation grisante de laisser sur place un nombre incroyable de cyclos, que je double sans interruption... A trois kilomètres du sommet, la pente s'adoucit sensiblement. Le col se termine par un long faux-plat que j'aborde à plus de 20 au compteur, vitesse que je maintiens jusqu'au sommet... Obligé de ralentir pour franchir les abords du ravito, qui grouillent de monde, je relance aussitôt après, en danseuse... Descente jusqu'au Col du Faux, qui n'est qu'une formalité, la route ne remontant que sur quelques dizaines de mètres... Il faut ensuite parcourir environ neuf kilomètres sur la crête, par un faux-plat descendant qui exige de pédaler sans cesse, pour rejoindre enfin le Col du Buisson. Là, on attaque la vraie descente. Les mêmes "11,5 km" que l'on a gravis le matin et qui passent par Pailharès... La route est sèche maintenant et la plupart des virages sont assez larges pour qu'on puisse "faire la descente"... La pente n'est cependant pas assez forte pour qu'on atteigne des vitesses vertigineuses. Comme la route est fermée à la circulation, j'en profite pour couper les virages et me faire plaisir en cherchant la bonne trajectoire, comme en VTT, jusqu'à ce qu'une personne arrêtée sur le bord de la route nous alerte au passage... Les pompiers seraient en train de monter face à nous... Peu après, je vois deux personnes susceptibles d'avoir justifié l'appel aux secours... L'une, à droite, est assise sur le bord du fossé tandis que quelqu'un la réconforte. L'autre, quelques mètres plus loin sur la gauche, à demi couchée dans le fossé et enveloppée dans une couverture de survie... Appel à la prudence! Je ferai donc la suite de la descente sans empiéter sur la moitié gauche de la chaussée, précaution inutile puisque je ne croiserai aucun véhicule d'assistance jusqu'à l'arrivée. Sur le final, la route remonte sur un ou deux kilomètres de faux-plat que j'aborde avec d'excellentes sensations... Un coup d'œil au compteur confirme que je ne faiblis pas puisque je reste autour de 32 km/h. La ligne franchie, je regarde ma montre et estime que j'ai dû mettre environ 6h50 (Temps officiel : 6h 52m 20s).

Marie-Ange arrive moins de dix minutes plus tard. Son brevet lui apprendra qu'elle a battu son temps de 2009 de près de 16 minutes. Si l'on tient compte des mauvaises conditions météorologiques du début de course et des 5 km supplémentaires dus au changement de parcours sur le final, c'est un superbe résultat!

Comme le disait Marie-Ange dans son compte-rendu de 2009, l'Ardéchoise est une épreuve à laquelle il faut avoir participé au moins une fois dans sa vie... Personnellement, je ne suis pas de ceux pour qui cela deviendra un rendez-vous annuel incontournable. Mais les deux grands gamins que sont Michel Bernard et James — nous les avons rencontrés à la fin de leurs 4 jours d'Ardéchoise — m'ont convaincu qu'ils ont vécu une expérience sensiblement différente de celle que je viens de raconter. Je revois l'œil brillant d'émotion de Michel B. évoquant la qualité de l'accueil sur son "Ardèche verte”, le regard gourmand de James nous narrant ses rencontres avec des personnages hauts en couleurs, et je me dis que si j'y retourne, ce sera probablement sur une Ardéchoise en plusieurs jours (*)…

Claude

(*) Ce sera chose en faite en 2013! Voir tous les liens sur notre site, page l'Ardéchoise.

Groupe de percussions brésiliennes juste derrière la ligne d'arrivée

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire