jeudi 26 avril 2012

« L'AUBERGE ROUGE » ou encore « L'AUBERGE ESPAGNOLE », À TÀRBENA

BALADE AUTOUR DE TÀRBENA, PROVINCE D'ALICANTE (ESPAGNE)

Soyez rassurés, je ne vais pas vous raconter un film célèbre mais vous parler plutôt d'un "ravito" sortant de l'ordinaire, dans une « casa » à l'atmosphère surprenante : la CASA PINET...

L'ascension du Coll de Rates (1), réservée pour le final de l'un de nos parcours (la cerise sur le gâteau !), nous ayant ouvert l'appétit, Claude prit la décision de déjeuner — à 14h30, heure tout à fait raisonnable pour avoir l'assurance d'être servi en Espagne — à Tàrbena, berceau d'une partie de ses ancêtres. Comme beaucoup d'autres communes de cette région montagneuse, pourtant si proche de la mer, Tàrbena est un village perché — à 578 m d'altitude — situé dans la Province d'Alicante, en Communauté Valencienne, dans un lieu chargé d'histoire.


A l'entrée du village, d'intéressantes informations historiques et touristiques figurent sur un panneau qui nous apprend par exemple que le village est jumelé avec Santa Margalida, sur l'île de Majorque, village d'où sont partis des émigrants qui, vers 1610, sont venus repeupler Tàrbena, village devenu désert après l'expulsion des Morisques en 1609…

Vue générale sur Tàrbena
Le restaurant, choisi au hasard, est accolé à l'église du village, monument de référence pour d'importantes célébrations religieuses. Sur la photo ci-dessous, on distingue à l'extrême droite (un comble!) les drapeaux qui ornent la façade de la "Casa PINET"…

L'église de Tàrbena… et la Casa Pinet (façade blanche)
Paula, la serveuse, nous accueillit sur le pas de la porte, nous « priant » de bien vouloir laisser nos vélos à l'extérieur, à l'entrée de l'établissement (traduisez : sécurité contre le vol garantie). J'en déduisis qu'il ne devait pas y avoir de voleurs ou, si voleurs il y avait, qu'ils devraient avoir de gros mollets et de l'entraînement au brevet montagnard pour oser s'emparer de nos montures !

Restaurante "Casa Pinet"
En pénétrant dans la salle, je fus saisie par le décor (pas d'un film !). Était-ce la caverne des brigands ? (2) Ici, je compris sur le champ, que les occupants n'avaient pas déposé les armes mais avaient hissé haut les fusils et les pistolets (de corsaires ?) jusqu'à les suspendre aux poutres apparentes du plafond. Confirmation : nos vélos, sans antivol, ne s'envoleraient pas ! Je n'étais pas au bout de mes surprises. Au centre de la salle de la Casa Pinet (Pinet est le surnom du patron) trônait une fontaine en pierre et tout autour, je découvris un véritable musée du « socialisme marxisme indépendantiste » (eh oui, cela existe !), un entrepôt de souvenirs de la lutte internationale ! Les murs, entièrement recouverts d'innombrables photos, de coupures de presse parfois jaunies, d'affiches, font référence à l'âge d'or du communisme sous toutes ses formes. Nous avons dégusté, sous les regards du Che Guevara, de Castro, d'Hugo Chavez, de Salvador Allende et de Lénine, une nourriture de pays, traditionnelle: sobrassada i botifarra — traduisez "soubressade" et "boudin noir"—, spécialités apportées il y a un peu plus de quatre siècles par les familles venues de Majorque.

Le drapeau avec la faucille et le marteau flottait au-dessus de nos marmites ! Depuis notre table, nous pouvions consulter les paroles de l'Internationale, retranscrites non pas sur un tableau, mais sur le mur.

Sous l'œil du "Che"...
Sur place, nous n'avions pas vu la faucille et le marteau, pourtant immanquables!... Nous ne les avons remarqués qu'après coup, sur la photo! Il faut dire qu'il y avait tant de choses sur ces murs!...

En quittant ce "point de convivialité", le patron — Pinet! — nous a tendu sa carte de visite, illustrée d'un arbre dont les racines semblent être aux couleurs du drapeau catalan ou valencien, et dont le feuillage vert arbore fièrement la faucille et le marteau... On peut lire les slogans de la maison, écrits en Valencien : « i la fruita serà millor que la flor promesa » (Et le fruit sera meilleur que ce que promettait la fleur) et « al servei del meu poble » (au service de mon "peuple" ou de mon "village", le mot "poble" ayant les deux sens en Valencien).


Au moment de régler l'addition, Claude, dont une arrière grand-mère était née dans ce village, a évoqué ses origines auprès de Paula, la serveuse. La patron et sa famille qui déjeunaient à une table voisine se sont mêlés à la conversation, ont demandé des précisions... Le nom de famille ne suffisant pas pour identifier quelqu'un, on a recours aux surnoms! Claude indique donc que ses aïeux sont des "Ripoll" connus ici sous le sobriquet de "Arrogants"... Le patron s'est alors écrié: « Mais c'est ma famille! Du côté de ma mère! » Effusions... « Tu reviens quand tu veux! »... Pinet n'a pas précisé si nous serions ses invités... Mais le principe de "l'auberge espagnole" n'est-il pas d'y trouver ce qu'on y apporte?!…

Seconde salle de la "Casa Pinet"...
En tout cas, l'ambiance et le décor nous laisseront un souvenir impérissable et amusé, et chaque fois que nous y repensons, nous en rions encore!

Marie-Ange
Avec la collaboration de Claude

(1) Voir l'article de Claude au sujet de cette balade.
(2) Un document affiché dans le restaurant nous a appris que le grand-père du restaurateur fut effectivement un "bandolero", c'est-à-dire un brigand!…


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