vendredi 22 juin 2018

BORMIO JOUR 1/2 : STELVIO ET UMBRAIL

Après notre transfert en car hier de Badia (Dolomites) à Bormio (Valtellina), notre programme d'aujourd'hui, c'est l'ascension du Stelvio depuis Bormio. Quelques gourmands de notre groupe ont prévu de faire une boucle par la Suisse de façon à le monter aussi par le versant “Prato”. Des courageux!

La photo du jour

Lacets du Stelvio sur le versant Prato

Qu'est-ce que le Stelvio?

Le Stelvio est un col des Alpes italiennes, point de passage entre la Lombardie (côté Bormio) et le Trentin Haut-Adige (côté Prato). Le sommet qui surplombe le col, la Cima Garibaldi (2843 m), est sur la frontière italo-suisse (canton des Grisons).

Passo dello Stelvio et la Cima Garibaldi (2838 m)
Le Stelvio est situé dans le Massif de l'Ortles, qui tire ce nom de son plus haut sommet, culminant à 3905 m.

L'Ortles vu depuis le Stelvio (à droite : l'auberge “Tibet”)
Le Passo dello Stelvio est le plus haut col routier d'Italie avec 2758 m d'altitude et c'est un haut lieu du Giro d'Italia, ce qui lui a valu le surnom de “Cima Coppi”.

Passo dello Stelvio ou Cima Coppi
C'est dans le Stelvio que Bernard Hinault a forgé sa première victoire dans le Giro, en 1980. Le récit savoureux de cette étape est à découvrir dans un article de blog : Giro, Stelvio, Hinault, bravo!

Hinault dans le Stelvio en 1980
Au palmarès des cols routiers les plus élevés d'Europe, le Stelvio n'est devancé que par le Col de l'Iseran (France), dont l'altitude officielle est de 2764 m, bien que le panneau sommital indique 2770 m. Le podium est complété par le col franco-italien “Agnel”, ou “Colle dell'Agnello”, avec 2744 m. Quelques routes goudronnées dépassent toutefois ces altitudes sans être des “cols”, comme la Cime de la Bonette (Alpes françaises, 2802 m), ou le Pico del Veleta (Andalousie, 3300 m. Voir mon article).

Marie-Ange, Brigitte et Maryse au Passo dello Stelvio : 2758 m
Trois routes différentes donnent accès au Passo dello Stelvio, nommé “Stilfser Joch” en allemand, ou encore “Giogo” dello Stelvio sur certaines cartes (“giogo” = jouf ou joch, c'est-à-dire joug ou col).

L'accès le moins connu est sans doute celui qui vient de Suisse et franchit d'abord le Pass Umbrail (2501 m) : voir Pass Umbrail depuis Santa Maria. La route du Pass Umbrail 'est entièrement goudronnée que depuis 2015. Le final (un peu plus de 3 km) est commun avec l'ascension depuis Bormio.

Le Stelvio (au fond), vu depuis le Pass Umbrail
La montée depuis Prato est la plus célèbre, sans doute en raison des splendides lacets de la partie finale : voir Stelvio depuis Prato. Même quand on monte au Stelvio par un autre versant, il est incontournable d'aller les admirer et les photographier.

Lacets du Stelvio, à ne pas manquer!
Pour notre part, nous avons effectué la montée depuis Bormio. C'est donc celle que je vais détailler. Celle-ci fait 21,5 km, ce qui correspond à peu de choses près à un “Ventoux” depuis Malaucène (21,2 km) ou depuis Bédoin (22,7 km). La comparaison ne s'arrête pas là puisque la pente moyenne est comparable : 7,13% pour le Stelvio, contre 7,15% pour le Ventoux par Bédoin, ou 7,20% pour le Ventoux par Malaucène.

Profil du Passo dello Stelvio depuis Bormio
En revanche, il est un point sur lequel Stelvio et Ventoux diffèrent radicalement, c'est l'altitude! Le Stelvio dépasse le Ventoux (1910 m) de près de 850 m!


Notre montée au Passo dello Stelvio

Le temps s'annonce superbe lorsque nous démarrons de Bormio. Nous prévoyons cependant des vestes chaudes pour la descente car la température au sommet est annoncée autour de 5°.

Devant notre hôtel, à Bormio
Marie-Ange étrenne son joli maillot du “Marathon des Dolomites”, qu'elle a acheté à Badia. Elle s'est surnommée elle-même la “fraise tagada”. A croquer!

Fraise tagada
Dès le premier rond-point, un sympathique vélo en bois décoratif confirme que nous sommes sur une terre de cyclisme! Faut-il y voir un heureux présage? Nous espérons en tout cas ne pas avoir les jambes forgées dans le même métal pour affronter l'ascension du jour!

Bormio
J'ai décidé aujourd'hui de rester avec le groupe de Marie-Ange. Objectif : me faire photographier au sommet aux côtés de la star des fraises tagadas géantes!

Le gruppetto à la sortie de Bormio
Une info pour les cyclos tentés par l'aventure : prévoir de l'éclairage pour le franchissement de plusieurs tunnels.

Tunnel
La route s'élève rapidement et, au gré d'un lacet, j'apprécie le dénivelé déjà engrangé depuis Bormio.

Bormio
Sur toute la première partie de la montée, les filles restent groupées. Maïthé, Marie-Thérèse, Marie-Ange et Françoise sont ici accompagnées par Denis.

Gruppetto
Sur la route, à intervalles réguliers, on remarque cette inscription “Stelvio”, en alternance avec la mention “Bormio” sur le même design. Ça n'aura échappé à personne que ce logo est parfaitement assorti aux couleurs des gants et des chaussettes de notre “fraise tagada”, qui en le voyant se sent pousser des ailes!…

Route du Stelvio
Comme souvent en Italie, les virages sont numérotés, en ordre décroissant pour cette ascension… Les pancartes de la montée du Stelvio indiquent en outre l'altitude et elles sont joliment décorées avec des représentations de fleurs de montagne.

Tornante 29, 1770 m
Le tunnel qui suit est si étroit qu'on ne le traverse qu'en circulation alternée.

Nouveau tunnel
Les tunnels franchis, les filles arrivent dans le secteur le plus raide. Officiellement, c'est 13%, une info d'ailleurs souvent imprimée sur les maillots de vélo “Stelvio” qui sont en vente à Bormio. Sur la route, on voit inscrit 14%. C'est bien l'ordre de grandeur, mais qu'on se rassure, ça ne dure pas longtemps : quelques dizaines de mètres tout au plus.

Marie-Ange et Françoise en plein effort
Juste devant elles, les filles ont en point de mire une petite centrale hydroélectrique, qui utilise ici la force du Torrente Braulio. Juste au-dessus, elles aperçoivent un magnifique enchaînement de lacets. C'est là-haut qu'il va falloir grimper!

Piccola centrale idroelettrica
Au virage 27, on approche des 2000 m d'altitude : 1988 m exactement. J'en profite pour jeter un coup d'œil au paysage qu'on laisse derrière nous… et qu'on retrouvera à la descente.

Tornante 27, 1988 m
Ça y est, on est dans les lacets. Aucune photo ne peut rendre compte de l'impression visuelle ressentie. Et même si les lacets du versant “Bormio” ne sont pas aussi spectaculaires que ceux du versant “Prato”, ça reste magique.

Lacets
Tellement magique que je ne résiste pas au plaisir de vous les montrer à nouveau, sous un autre angle.

Encore des lacets
Dans un des derniers lacets, nous découvrons une Casa Cantoniera, c'est-à-dire une “maison de canton”. Reconnaissables à leur couleur rouge typique de Pompéi, ces maisons tirent leur nom des “cantonieri”, travailleurs chargés de l'entretien des routes, qui devaient vivre sur leur lieu de travail en raison des exigences de service. La plupart sont aujourd'hui abandonnées.

Casa Cantoniera
Une fois franchis les lacets, le paysage change radicalement mais reste magnifique.

Torrente Braulio
Nous avons franchi le seuil d'altitude au-delà duquel les arbres ne poussent plus. C'est le domaine de la prairie et des petites fleurs.

Piano della terza cantoniera
Au beau milieu de ce haut plateau, on trouve quelques constructions : outre une nouvelle “casa cantoniera”, cet oratoire San Ranieri, accolé à la maison du chapelain… Cette petite église a été édifiée en 1830, dès la fin des travaux de construction de la route du Stelvio, en l'honneur de l'archiduc Ranieri, alors vice-roi du royaume de Lombardie-Vénétie.

Oratorio San Ranieri
Juste en face de l'oratoire se dresse un petit arc de triomphe, érigé lui à la mémoire de 64 victimes de la Grande Guerre.

Sacrario ai 64 caduti della Grande Guerra
Un peu plus loin, se trouve une fromagerie, la Malga di Bormio, qui produit un fromage exclusif et d'extension limitée, dans une zone préservée au cœur du parc national du Stelvio.

Malga di Bormio
Le lait à l'origine de ce fromage est fourni par une jolie race de vaches sans cornes.

Vaches sans cornes
L'ascension se poursuit. Le Passo dello Stelvio est bientôt en vue…

Passo dello Stelvio en vue
Mais lorsque nous atteignons le “tornante 13”, à 2459 m d'altitude, la montée est loin d'être terminée : il reste encore 12 virages et surtout 299 m de dénivelé!

Tornante 13, 2459 m
On arrive ensuite à un embranchement, où nous laissons sur notre gauche la route de la Suisse et du Pass Umbrail, un col auquel nous rendrons une petite visite en redescendant. Pour le moment, on continue vers le Stelvio…

Passo dello Stelvio en vue
En guise de flamme rouge, une simple mention peinte sur la route annonce le dernier kilomètre.

Sommet : 1 km
Pour ceux qui ont hâte que ça se termine, un faux espoir est donné par une pancarte qui annonce prématurément le Passo dello Stelvio. En réalité, il reste encore quelques hectomètres à monter.

Passo dello Stelvio… ou presque!
Et puis voilà enfin le sommet! Marie-Ange franchit la ligne d'arrivée au milieu de la foule, des marchands de hot-dogs, ou encore des vendeurs de maillots de vélo “Stelvio”… Quand on connaît les abords préservés de l'Iseran ou d'Agnel (pour ne parler que de cols d'altitude comparable), cette ambiance de zone commerciale est un peu déroutante.

Marie-Ange au Passo dello Stelvio
Pour moi, l'objectif majeur est atteint : j'ai ma “photo tagada”!

Passo dello Stelvio
Avant de prendre la route du retour, nous poussons jusqu'à l'auberge Tibet.

L'auberge Tibet et l'Ortles (au fond à droite)
L'endroit offre une vue panoramique sur les plus célèbres lacets du Stelvio (voir la photo du jour). C'est proprement somptueux. Je le sais, j'y étais!

Lacets du Stelvio

Pass Umbrail et descente

C'est bien couverts que nous attaquons la descente.

Marie-Ange et l'Albergo Folgore
Les trois premiers kilomètres sont vite avalés. De retour à l'embranchement, nous bifurquons cette fois vers la Suisse.

Sur la droite : le Pass Umbrail et la Suisse
Quelques centaines de mètres ascendants et c'est déjà le Pass Umbrail ou Umbrailpass (2503 m). Nommé aussi Giogo di Santa Maria sur le versant italien, il n'est autre que le plus haut col routier de Suisse.

Pass Umbrail
Un bâtiment de la douane nous confirme que nous sommes en Suisse.

Douane suisse
A proximité, un ensemble de silhouettes de soldats grandeur nature, plantés sous les drapeaux autrichien, suisse et italien, rappelle que le conflit mondial des années 1914-1918 n'a pas épargné la région. C'est ici le point de départ de quatre sentiers de randonnée “historiques” qui invitent le visiteur à s'en souvenir.

Se souvenir de la Grande Guerre
Tournant le dos à la Suisse, nous revoilà en Italie.

Pass Umbrail
Au cours de la descente, les paysages sont toujours aussi beaux mais ils défilent beaucoup plus vite. Le vent nous pousse par ailleurs à la vigilance. Ce n'est pas le moment de lâcher le guidon pour faire des photos au vol!

Quand nous atteignons le secteur des lacets, je ne résiste pas à la tentation de faire quelques haltes pour prendre de nouvelles photos, même si ce sont quasiment les mêmes qu'à la montée… Quand on aime…

Encore une photo des lacets!
Tiens! Une photo que je n'ai pas prise en montant : un bar au bord de la cascade du Braulio : le Bar Kiosk Nazionalpark.

Bar Kiosk Nazionalpark et torrente Braulio
La fin de la descente ne donne pas lieu à des commentaires particuliers. Et ma dernière photo, quelques centaines de mètres avant le retour à notre hôtel, est pour le Torrente Frodolfo, qui arrose Bormio.

Torrente Frodolfo
Au total, nous avons parcouru 46 km, avec environ 1600 m de D+.

Demain sera la dernière journée de notre séjour en Italie. Au programme pour toute le monde : le Passo Gavia. Et pour quelques-uns, un petit bonus “surprise” en prime… A suivre!

Claude
Photos personnelles

LIENS :

➜ Toutes les photos sur Flickr
➜ La page Dolomites 2018 sur mon site, avec les liens vers les articles parus sur ce thème
➜ Article intéressant sur le Stelvio


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