lundi 6 mai 2013

COL DE PAILHÈRES FERMÉ!

Le projet

L'idée de monter le Col de Pailhères pour mon premier col à plus de 2000 mètres m'a été soufflée l'année dernière par François F., un ami de notre club, l'AS Brévannaise. Dans sa suggestion, il y avait une part d'humour, un clin d'œil, l'altitude de ce col pyrénéen étant de 2001 m! C'est un "2000", certes, mais pas un géant ! Une bonne idée, pour une première.

Ayant décidé de tenter le coup avec Marie-Ange (son premier "2000" également) après notre séjour à Rosas (Catalogne), je savais qu'il nous faudrait surveiller la météo — les conditions climatiques devant nécessairement être favorables pour monter à plus de 2000 m — et Bison Fûté pour savoir si le col était ouvert ou fermé. Depuis Rosas, nous avons suivi cela sur Internet… Nous avons ainsi vu que la météo semblait optimiste pour le début de la semaine. En revanche, le Col de Pailhères était annoncé résolument fermé, les chutes de neige de fin avril n'ayant pas arrangé les choses.

Pensant que le beau temps pourrait peut-être dégager la route d'un jour à l'autre, nous avons décidé de nous rendre sur place. Les gens que nous avons interrogés ne nous ont pas permis d'avoir une certitude. Le col était fermé, certes, mais certains disaient qu'un col fermé à la circulation automobile pouvait être franchissable en vélo... Nous avons donc décidé de tenter le coup le lendemain de notre arrivée, le lundi 6 mai.

Les hésitations

Il nous restait à répondre à quelques questions.
  • Quel côté choisir pour l'ascension? Côté Mijanès, réputé plus dur, ou côté Ax-les-Thermes?
  • Devait-on partir de l'hôtel en vélo, c'est-à-dire depuis Belcaire (Aude), et dans ce cas franchir plusieurs cols avant d'attaquer Pailhères ? Ou aller jusqu'au pied du col en voiture et faire juste l'ascension?
  • Et si on partait de l'hôtel, de quel côté redescendre? Revenir par la même route et repasser par les mêmes cols au retour. Ou bien faire une boucle ?
Selon l'option retenue, la distance à parcourir variait d'une quarantaine de kilomètres à près de 100! Après la Randonnée du Vallespir et ses 92 km, que nous venions de faire le jour-même, nous ne voulions pas nous engager dans un projet trop exigeant physiquement, ne serait-ce que pour pouvoir rouler aussi les jours suivants...

Après de multiples études sur la carte et sur Openrunner, nous avons fini par prendre une décision. Nous ferions la montée sèche du côté de Mijanès, après une approche en voiture... Décision aussitôt prise, aussitôt remise en question! Au cours du repas du soir, une discussion avec la serveuse nous a fait changer d'avis. Selon elle, il n'était pas sûr que nous puissions monter jusqu'au sommet du col. Nous avons alors décidé de partir de l'hôtel en vélo. Ainsi, si nous ne pouvions pas monter jusqu'en haut, nous aurions quand même quelques nouveaux cols à ajouter à notre collection. Et dans ce cas, mieux valait aborder le col du côté où le trajet depuis l'hôtel était le plus court, donc par Ascou.

Un dernier paramètre à prendre en considération, le repas de midi. Comme on nous avait parlé de "station de ski" sur la route du Col de Pailhères, je m'étais dit naïvement: « Nous trouverons bien un commerce où nous approvisionner! ». Mais ce qu'on appelle "stations" dans ce coin des Pyrénées, ça peut se résumer à un bâtiment et à un tire-fesses!!! Ascou-Pailhères, ce n'est pas Courchevel!!!

Heureusement, se disant que les boulangeries seraient peut-être fermées le lundi, Marie-Ange a eu la bonne idée d'interroger la serveuse du petit-déjeuner! Grand sourire de la serveuse! « Mais il n'y a rien jusqu'au col! Ce ne sont que des hameaux. A moins de descendre jusqu'à Ax... ». Bref, suivant ses conseils, nous nous sommes procurés des victuailles à la boulangerie de Belcaire, située juste en face de l'hôtel.

La balade

Et puis c'est enfin le départ! Il fait un peu frais, mais la journée s'annonce très belle. Nous commençons par le Col des Sept Frères. Depuis Belcaire, bourg situé à 1000 m d'altitude, la route s'élève pendant près de 6 km pour atteindre 1253 m au passage du col.

Marie-Ange au Col des Sept Frères (1253 m)
Ensuite, nous redescendons un peu et traversons un plateau, autour de Camurac (1200 m). Nous quittons peu après le département de l'Aude pour entrer en Ariège. A partir de Prades, nous attaquons le Col de Marmare (1361 m), long de 3,700 km.

Marie-Ange au Col de Marmare (1361 m)
Cette fois, la route redescend à peine et c'est tout de suite la montée vers le Col d'En Ferret (1421 m). Celui-là est presque symbolique, bien qu'il grimpe pendant un peu plus d'un kilomètre. Il n'y a pas de panneau sur la route et il ne figure que sur certaines cartes. En revanche, il est bien répertorié dans le "Chauvot", le catalogue des cols français du Club des Cent Cols. Il est d'autant plus symbolique qu'il n'y a qu'un court replat, après le passage du col, avant de poursuivre vers le Col du Chioula (1431 m) que l'on franchit un kilomètre plus loin. Un peu moins de 17 km depuis le départ, et déjà 4 cols de franchis! Avec au total 641 m de D+ selon Openrunner.

Claude au Col du Chioula (1431 m)
Dans la descente, nous réalisons que le Col du Chioula en venant d'Ax-les-Thermes, c'est une autre histoire. Comme nous avons prévu de revenir par le même chemin, nous nous rendons compte que, si nous réussissons à monter jusqu'au Col de Pailhères, nos efforts n'en seront pas terminés pour autant car il faudra remonter ce Chioula-là... Ouh la la!
Nous profitons en revanche d'une vue magnifique sur Ax-les-Thermes, sur la vallée, et sur les montagnes alentours aux sommets enneigés.

Vue d'Ax-les-Thermes, après le Col de Chioula
Après Sorgeat et environ 6 km de descente, nous atteignons la bifurcation. À droite, ça continue à descendre pendant environ 4 km vers Ax-les-Thermes; à gauche, on monte vers Ascou et le Col de Pailhères. Un panneau nous indique les données suivantes sur la montée du col à partir de ce carrefour:
  • Altitude 2001 m
  • Dénivelé: 1046 m
  • Distance: 15,420 km
  • Pente moyenne: 6,80%
  • Pente maxi: 9,60%
Le panneau
Et c'est parti! Pendant l'ascension, j'aperçois un lac superbe, particulièrement sous cette lumière: le lac de Goulours. Je m'arrête pour la photo…

Le lac de Goulours, sur la route du Port de Pailhères
A l'approche de la station d'Ascou-Pailhères (1560 m), Marie-Ange, qui accuse un coup de fatigue, me demande de faire une pause pour manger un peu. Mais comme la station n'est qu'à un petit kilomètre, je l'encourage à poursuivre jusque là. Peu après, un promeneur me dit en souriant, quand je passe à sa hauteur: « Vous avez prévu les chaînes? »
Ce n'est pas bon signe! Puis il me confirme: « Il y a d'énormes congères sur la route.»

Pendant que nous dégustons nos petites pizzas et nos tartes, assis sur les marches d'un des bâtiments de la station, un autre monsieur nous donne des précisions: « Ça monte pendant encore un kilomètre ou deux et ensuite, la route est bloquée. "Ils" n'ont pas prévu de déneiger avant la mi mai. »

Nous décidons cependant de poursuivre l'ascension, par curiosité, ne serait-ce que pour aller voir à quoi ça ressemble. Je prends les devants car Marie-Ange, désormais persuadée à juste titre que nous ne pourrons pas aller jusqu'au sommet, en a pris un coup au moral. Nous arrivons dans un secteur où les lacets se succèdent et la pente semble proche des 10%. Marie-Ange poursuit à pied tandis que je continue. La neige recouvre d'abord les trois quarts de la chaussée; il reste une bande de bitume assez étroite où l'on peut rouler.

Il ne reste pas beaucoup de bitume dégagé pour rouler!
Mais dans un virage en épingle à cheveu, c'est toute la route qui est recouverte par trois ou quatre mètre de neige. Impossible de passer. Nous sommes à 1800 m d'altitude! Il ne manque pas grand chose pour terminer! Mais il faut se rendre à l'évidence: ça s'arrête là pour aujourd'hui!

Dans un virage, à environ 1800 m d'altitude, la congère envahit toute la route
Poussé par la curiosité et sans doute aussi pour être sûr qu'il n'y avait pas d'autre solution que de renoncer, j'escalade la congère avec mon vélo sur l'épaule pour aller voir l'état de la route de l'autre côté. Ce que je vois ne me dit rien qu'y vaille! Il y a vraiment trop de neige. Cette fois, c'est clair: notre premier col à 2000, ce ne sera pas pour cette fois! Du haut de mon gros tas de neige qui couvre la route, je photographie Marie-Ange. La photo montre bien la hauteur de neige que ça représente!!!

Là-haut, sur la congère...
Je ne vous cacherai pas qu'après avoir renoncé, je me sens un poil frustré. Pas vraiment déçu car nous savions depuis longtemps qu'il y avait ce risque. Mais jusqu'au bout, j'avais espéré que nous pourrions passer. Pour surmonter cette légère frustration, j'ai alors décidé qu'au lieu de rentrer directement à Belcaire par la même route qu'à l'aller, j'allais faire la descente jusqu'à Ax-les-Thermes, histoire de remonter le Col du Chioula dans sa totalité.

A la bifurcation dont j'ai déjà parlé, je laisse donc Marie-Ange qui remonte directement vers le col et j'attaque la descente. Voyant la ville en contrebas, je me dis qu'il va falloir remonter tout ça! J'espère en mon for intérieur que je n'ai pas présumé de mes forces. En arrivant à Ax, je m'offre un rafraîchissement et fais remplir mon bidon dans un bar. Puis je redémarre dans l'autre sens. Je photographie les panneaux qui présentent les deux cols dont le début est commun. J'ai bien retenu qu'il va me falloir monter pendant un peu plus de 10 km, avec une pente moyenne de 6,10% et un "maxi" à 8,50%.

Le départ des Cols de Pailhères et du Chioula à Ax-les-Thermes
Dès la sortie d'Ax-les-Thermes, j'aperçois une jolie cascade que je retrouverai régulièrement après chaque lacet, pendant plusieurs kilomètres. Des détails qui permettent de penser à autre chose qu'à l'effort. Sur la fin de la montée, quand je commencerai à en avoir plein les pattes, j'aurai un peu plus de mal à penser à autre chose!…

Cascade, à la sortie d'Ax-les-Thermes
Après le Col du Chioula, franchi pour la deuxième fois de la journée, je repasse également les cols d'En Ferret et de Marmare mais, dans le sens de la descente, ce n'est qu'une formalité. Finalement, je retrouve Marie-Ange à Prades, où elle s'est ravitaillée en eau.
Après Camurac, il ne nous reste plus qu'à remonter au Col des Sept Frères, fort modeste dans ce sens-là, avant de nous laisser descendre sur les six derniers kilomètres jusqu'à Belcaire.

Retour à Belcaire
A l'arrivée, je totalise 78 km et 2536 m de D+ pour la journée. Pour Marie-Ange, c'est 71 km et "seulement" 2280 m de D+. Avec le parcours de la veille, nous ne sommes pas si loin des kilométrages et des dénivelés du Brevet Cyclo Montagnard du Haut Bugey ou BRHB (Jura), que nous ferons en juin prochain. C'est donc une excellente préparation. Dans la tête, nous savons que nous sommes sur la bonne voie! Il ne reste plus qu'à aller faire un petit tour de décrassage demain, histoire de peaufiner aussi la récupération...

Quant à notre premier col à plus de 2000 m, rendez-vous dans Alpes, du côté de l'Ubaye, en juillet prochain. Les cols de l'Ubaye : Vars, Allos, Cayolle, Bonette, entre autres... Encore une idée empruntée à notre ami François, que je salue au passage!

A bientôt pour la suite de nos aventures dans les Pyrénées...

Claude
Photos personnelles

LIENS :

Suite du séjour dans les Pyrénées :
—> Décrassage à Montségur, CycloGuide Ariège : « Les Cathares » (7/05/2013)
—> Autour des Gorges de l'Aude, de Aunat à Quérigut (8/05/2013)

Récit de notre véritable premier col à plus de 2000 m : 
—> La montée de la Bonette (21/07/2013)

2 commentaires:

  1. Superbe balade quand même. L'enneigement du début de l'année 2013 a été exceptionnel.
    J'avais vu une vidéo du dégagement du Tourmalet, c'était impressionnent.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ton commentaire, Alain. Oui, avec le recul, on n'a gardé que le souvenir d'une très belle balade. Nous en serons quittes pour y retourner afin d'ajouter le Port de Pailhères à notre collection !

      Supprimer